Plastique et supermarché, un amour compliqué

Un supermarché néo-zélandais a fait la une des médias français le mois dernier. Il aurait décidé de supprimer les plastiques de son rayon de légumes. Dans les faits, l’écolo-story est plus compliquée.

Au supermarché New World de Bishopdale, sur l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, le patron Nigel Bond s’est donné pour objectif de baisser considérablement la consommation de plastique au sein de son magasin.

Pour cela, une idée assez simple : bannir les emballages plastiques du rayon fruits et légumes. Nous nous sommes rendus sur place, afin de démêler le vrai du faux de cette info qui a fait le tour des médias français en début d’année.

Arrivés devant les rayons, la perplexité nous gagne. On voit bien une sorte de mur végétal où sont disposés fruits et légumes à l’état brut, fidèle aux échos que nous avions entendus sur ce projet. Mais très vite, on aperçoit des concombres, des raisins et d’autres fruits et légumes largement emballés ainsi que de nombreux sacs plastiques toujours à la disposition du consommateur.

Madame, les carottes préfèrent mourir libre qu’enfermées dans un sac plastique.

Le doute s’immisce : bon vieux coup de com ou réel effort écologique ? Nous nous rendons dans les bureaux afin de rencontrer Nigel, le propriétaire du supermarché à l’origine du projet.

Food in the Nude ”, le projet 0 plastique

Le projet « Food in the Nude » de Nigel est simple : se débarrasser du plastique afin de rendre aux fruits et légumes leur apparence originale. Pour ce faire, un système de vaporisateurs d’eau installé au-dessus des étals et une disposition stratégique des fruits et des légumes assurent une bonne conservation des produits frais. Le tout, sans emballage.

Des vaporisateurs d’eau gardent les produits au frais.

L’initiative tend à sensibiliser les consommateurs à la réduction des déchets plastiques dans leur consommation ainsi que dans leur vie quotidienne. Nigel Bond le dit lui-même : « Les gens préfèrent venir acheter leurs fruits et légumes ici plutôt que dans le magasin à côté car ils soutiennent la réduction de plastique. C’est un combo gagnant : les ventes augmentent et la consommation de plastique diminue. »

Nigel est le propriétaire du supermarché et l’initiateur du projet « Food in the Nude »

La direction de la coopérative de supermarché New World a soutenu Nigel dans sa démarche et a décidé de développer le projet “Food in the nude” au sein d’une douzaine de magasins déjà existants dans le pays et dans tous les New World en construction.

Emballement médiatique

Rien de bien révolutionnaire”, affirme le propriétaire du magasin qui nous explique avoir été influencé par une enseigne américaine il y a maintenant 3 ans de cela. Il s’étonne de l’emballement – pardonnez le jeu de mot – des médias. En effet, ce dispositif n’est pas né ici mais il y a quelques années dans le magasin Whole Foods aux Etats-Unis !

L’idée a été importée… des États-Unis !

Une différence reste cependant à noter : si la chaîne de distribution américaine est connue pour proposer des produits relativement « haut de gamme », le New World néo-zélandais est la première marque de grande distribution accessible à tous à mettre un tel système en place.

La chaîne de production et la guerre des prix, freins au 0 plastique

Lorsque l’on interroge Nigel Bond sur la présence encore accrue de plastique dans les rayons, il répond franchement que tout n’est pas de son ressort. Aussi influente puisse être l’enseigne, on comprend très vite qu’un directeur de supermarché ne peut pas agir sur tout. Il n’est qu’un maillon dans la longue chaîne d’approvisionnement de la grande distribution, bien plus complexe que pour des petites structures.

D’autres acteurs entrent en compte : producteurs, distributeurs et consommateurs sont autant de leviers d’action influents.

Le plastique : non merci… sauf si c’est moins cher !

« Je n’ai pas le pouvoir de choisir la manière dont les entreprises travaillent  », déplore Nigel qui continue de recevoir des produits sur-emballés par les producteurs. Ainsi, les consciences évoluent, les surfaces de grande distribution avec, mais l’importance des prix dans ce secteur ultra-concurrentiel empêche une véritable avancée écologique.

Plus simplement : Nigel veut bien faire des efforts, mais acheter des produits plus chers car emballés de manière durable, il ne peut se le permettre.

Nigel doit également composer avec le greenwashing. « Certaines entreprises me contactent en me promettant un emballage recyclable. Ils mettent parfois le paquet sur le packaging, pour paraître écolo-friendly, alors qu’ils ne sont même pas recyclables! »

C’est joli, ça semble écolo, mais malgré la mention « recycle me », ce n’est pas recyclable, la faute au plastique sur le dessus.

Légiférer, innover ou boycotter

Trois leviers d’actions semblent donc se  dessiner pour réduire les plastiques dans les supermarchés.

L’État peut légiférer sur les emballages pour diminuer le prix des produits les mieux emballés, afin que les grandes surfaces puissent les utiliser sans perdre en compétitivité. Il peut également interdire le greenwashing de certaines marques d’emballages. La science peut avancer, et diminuer le coût de production d’emballages écologiques. Sinon, les consommateurs peuvent boycotter les produits les plus emballés, quitte à payer plus cher.

Si on reste perplexes face à la communication exagérée qu’a reçu cette initiative, vieille de trois ans, Nigel bouscule tranquillement les habitudes des supermarchés Néo-Zélandais. Reste que sans repenser l’intégralité de la chaîne de production, du producteur au consommateur en passant par le packaging et la distribution, le plastique risque d’avoir encore, hélas, de beaux jours devant lui.