Entretien : Quelle place pour la technologie dans la lutte écologique?

Directrice think tank Melbourne

Vanessa Petrie s’occupe principalement de coordonner les différents groupes de recherches.

 

Vanessa Petrie est la directrice du think tank Beyond Zero Emissions, basé à Melbourne. L’équipe d’Itchy Feat est partie à sa rencontre pour échanger sur la place de la technologie et la force du groupe dans l’avancée de la lutte écologique.

 

 

Un think tank est un groupe de réflexion qui réalise des études liées à la société afin de soumettre des propositions aux pouvoirs publics.

Pouvez-vous nous présenter le think tank en quelques mots ?

Beyond Zero Emissions (BZE) est un think tank climatique à but non-lucratif. Notre mission est de rechercher des solutions contre le réchauffement climatique. Nous avons été créés en 2006 dans l’idée de prouver que l’Australie pourrait rapidement être neutre en émissions de carbone, et ce à l’aide de technologies déjà existantes et abordables. C’est ce qui nous différencie de nombreux autres think tanks. Nous travaillons sur des plans de transition à court terme car la situation est urgente.

Pensez-vous que la technologie puisse jouer un rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

C’est de cette idée même que notre think tank est né ! En 2006, de nombreuses personnes commençaient à dire que la technologie était une des raisons pour lesquelles il était impossible d’atteindre rapidement la neutralité carbone. Les deux créateurs de Beyond Zero Emissions, Adrian Whitehead et Matthew Wright, ont voulu contredire cette idée et prouver que la technologie pouvait au contraire être un précieux outil pour faire évoluer les choses dans le domaine écologique. Nous avons commencé par monter un plan sur dix ans qui montre précisément comment nous pourrions utiliser les nouvelles technologies dont nous disposons pour faire de l’Australie un pays neutre en émissions carbone.

énergie développement durable transition think tank

Le think tank présente les résultats de ses recherches aux différents secteurs de l’industrie.

À ce jour, nos équipes de recherche travaillent sur des technologies qui rendraient l’Australie “carbon negative, c’est-à-dire sur des technologies qui permettraient non seulement de ne produire aucune émission carbone, mais également de supprimer du carbone déjà présent dans l’atmosphère. Ces technologies-là sont encore loin d’être mises au point, mais nous sommes persuadés qu’elles existent et qu’il suffit de les développer.

Votre think tank est encore jeune mais pourtant déjà bien actif : il est classé parmi les 26 think tanks mondiaux à connaître. Des actions gouvernementales ont-elles été mises en place suite à vos recherches ?

En 2010, nous avons sorti notre premier rapport majeur : le Stationary Energy Plan. Ce plan modélise comment l’Australie pourrait reposer à 100 % sur les énergies renouvelables en dix ans. C’était une idée complètement novatrice à l’époque : les groupes environnementaux militaient encore pour utiliser 20 à 30 % d’énergies renouvelables. Notre publication a fait beaucoup de bruit au sein du pays. Elle a fait évoluer le discours et les ambitions environnementales de nombreux groupes politiques et militants. Les Verts ont réutilisé notre plan et l’ont présenté au parlement. En 2013, le gouvernement a lancé un plan de transition fondé sur notre modèle.

Après la publication du rapport, la question était de trouver un endroit où on pourrait le mettre en oeuvre. Nous avons trouvé une ville d’Australie Méridionale : Port Augusta. Là-bas se trouvait une ancienne centrale à charbon sur le point de fermer, ce qui laissait une forte communauté minière à la recherche d’une alternative pour éviter le chômage. Notre plan a été redessiné et appliqué localement à la situation de Port Augusta, fortement soutenu par la communauté. À la vue de cette réussite, le gouvernement s’est intéressé à notre rapport local et a décidé, en 2017, de participer au financement de la plus grande centrale thermique solaire de ce genre au monde. Je dirais que c’est l’un des plus gros succès de nos recherches jusqu’à maintenant.

BZE think tank écologie énergie technologie

Le collectif est un atout majeur du think tank BZE.

Le collectif est le principe-même d’un think tank. Le groupe est-il une force d’action dans la lutte écologique ?

Oui, sans hésitation ! Au sein de BZE, hormis une petite partie du staff administratif, plus de 85 % des personnes sont bénévoles. C’est-à-dire que nos chercheurs, qu’ils soient économistes, scientifiques, ingénieurs ou étudiants, viennent travailler volontairement avec nous pour une cause qui leur tient à cœur. Nous avons également des professionnels de différents secteurs industriels et commerciaux qui nous apportent leur expertise en dehors de leur travail. 30 à 40 personnes travaillent sur chaque projet. Chacun apporte son expérience, ses savoirs personnels et une perspective différente, ce qui crée une émulation très productive et un melting pot assez intéressant. D’autant plus que lorsqu’on travaille sur quelque chose d’aussi abstrait que le fait d’inventer la société de demain, il est toujours pertinent d’avoir autant de points de vue différents.

 

Pour retrouver le premier entretien dédié à la place de l’art dans la lutte écologique, c’est ici !