Nouvelle-Calédonie : État des lieux environnemental

La Nouvelle-Calédonie est située à plus de 18 000 km de distance de la métropole, de l’autre côté du monde. Dotée d’un statut politique particulier, la Grande Terre semble bien mystérieuse aux yeux d’une large frange de la population française. Elle est pourtant un joyau de biodiversité, grandement menacé : état des lieux environnemental, avec le Centre d’Initiation à l’Environnement.

Koné se situe au nord de Nouméa, sur la côte Ouest calédonienne. Petite ville tranquille jusqu’à 2014, sa population a fortement augmenté avec l’ouverture la même année de la mine de Koniambo.  En Nouvelle-Calédonie, une association sensibilise les jeunes à leur environnement et son antenne nord est à Koné. On a donc passé une après-midi au Centre d’Initiation à l’Environnement (CIE), avec Yoann et Julien.

Julien et Yoann du CIE Nouvelle-Calédonie
Julien (à gauche), Yoann (à droite), sont les seuls salariés du CIE dans la Province Nord.

Yoann a 28 ans et travaille au centre depuis 2017. Julien, la quarantaine, a quitté Marseille en 2002 pour développer l’antenne du Nord. Rapidement, la conversation s’est structurée autour de l’état de la nature de l’île et des missions de l’association.

La Nouvelle-Calédonie, espace endémique unique

La Nouvelle-Calédonie, qui s’est détachée du supercontinent du Gondwana il y a bien longtemps, regorge d’espèces endémiques. C’est-à-dire d’espèces qui ne se trouvent à l’état sauvage uniquement sur un seul territoire.

Cagou de Nouvelle-Calédonie.
Le cagou, emblème de la Nouvelle-Calédonie. ©J.Barrault-CIE.NC

Julien connaît les chiffres par cœur. 80 % de la végétation calédonienne est endémique. Il souligne les 13 espèces d’araucarias (dont fait partie le pin colonnaire) endémiques, sur 19 espèces recensées dans le monde. Dans les airs, 20 espèces d’oiseaux sont endémiques, comme le cagou et le notou. Une variété exceptionnelle de lézards, cigales, fougères peuplent l’île… Bref, la Nouvelle-Calédonie est un nid naturel où la faune et la flore s’épanouissent.

C’est à se demander si lorsque une espèce disparaît en Nouvelle-Calédonie, il n’y aurait pas une chance sur deux qu’elle soit rayée du globe !

Un lagon reconnu mondialement

Un lagon est une étendue d’eau encadrée par un récif corallien. Ce dernier protège le lagon des vagues de la haute mer, réchauffant ainsi l’eau et créant un espace propice au développement d’une biodiversité exceptionnelle.

Nouvelle-Calédonie, fond du lagon.
Les coraux du lagon calédonien. ©J.Barrault-CIE.NC

Les coraux en Nouvelle-Calédonie ont pour l’instant bien plus résisté au réchauffement climatique qu’en Australie. Le blanchiment est quasiment absent et le lagon foisonne de couleurs magnifiques.

Ce n’est pas pour rien que le lagon calédonien est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2008.

« Bon concrètement, c’est surtout pour attirer des touristes : à part la perte du label, aucune autre contrainte ne pèse sur un site inscrit pour obliger les autorités à le protéger ! » s’amuse Julien.

Lagon de Nouvelle-Calédonie.
Le lagon de Nouvelle-Calédonie vu du ciel. ©J.Barrault-CIE.NC

Hormis quelques réserves marines ultra-protégées de part et d’autre de l’île, la majorité du lagon est accessible à tous. De grandes campagnes de sensibilisation ont donc été mises en place par les provinces pour détailler devant chaque mise à l’eau les gestes à faire ou à éviter sur le lagon. Des quotas de pêche sont également en rigueur toute l’année.

Le caractère unique de ces écosystèmes devrait faire de ces sites des espaces de protection prioritaires. Pourtant, de nombreuses menaces pèsent sur les terres, comme dans la mer.

Le nickel, salvateur destructeur

L’exploitation du nickel est, avec le tourisme, la principale source de richesse de la Nouvelle-Calédonie. Pour rappel, le nickel est un minerai vert utilisé dans la plupart des composants électroniques modernes. La Nouvelle-Calédonie est le cinquième producteur de nickel au monde et détient entre 20 et 40% des réserves mondiales. Jusqu’à aujourd’hui, l’industrie du nickel a créé de nombreux emplois sur l’île.

Exporté vers les pays asiatiques sous forme brute, le nickel est soumis, comme toute matière première, à un cours plus ou moins élevé. Sa valeur a fortement chuté ces dernières années, mettant les usines en difficulté.

Au niveau économique, le cours bas du nickel s’explique par une augmentation de la concurrence à l’échelle mondiale. De plus, en Nouvelle-Calédonie, le minerai n’est pas transformé sur place. Il est donc vendu moins cher que sa valeur à l’état transformé.

Le problème, c’est que l’exploitation du nickel est dévastatrice pour l’environnement.

Mine de Goro Nickel
La mine de Goro Nickel. ©J.Barrault-CIE.NC

Les mines à ciel ouvert détruisent les montagnes et les coulées de boue envahissent des zones entières du lagon. Des espèces endémiques sont menacées par les exploitations, et des fuites d’acide ont fait scandale dans l’usine du sud en 2014.

« C’est ce scandale qui m’a poussé à m’engager dans l’environnement, on ne peut pas continuer comme ça. »

Yoann

Un débat sur le nickel complexe

Quand on demande à Julien si les associations ne sont pas contactées avant le début d’une nouvelle exploitation, il nous répond, amer : « On se fait avoir à chaque fois. On reçoit un dossier de projet d’exploitation de 400 pages la veille de la signature du contrat. Impossible de lire tout ça en une nuit, et le lendemain, les exploitants peuvent dire que le projet a été diffusé aux associations ! »

Mine de Nouméa
La mine de Nouméa détenue par la Société Le Nickel, au cœur de la ville.

Le débat fait rage, divise autant que l’indépendance, mais la population reste majoritairement pour le maintien des mines. L’explication est simple d’après Yoann : « Le nickel est source d’emploi dans toute la Nouvelle-Calédonie. C’est ce qui rend le débat si compliqué : on a tous un membre de la famille qui travaille dans l’industrie ! »

Les feux de brousse, danger endémique

Outre le nickel, des menaces intérieures comme extérieures viennent déséquilibrer les écosystèmes calédoniens.

Les feux en premier lieu : leur ampleur en fait une particularité calédonienne. Ils sont nombreux, étonnamment nombreux. Ils ravagent les forêts, favorisent le développement des herbes invasives et simplifient la complexité des écosystèmes.

Feux de Nouvelle-Calédonie
©J.Barrault-CIE.NC

Leurs causes sont variées. Culturelles, tout d’abord. La population Kanak met le feu à des parcelles pour développer les cultures : le hic, c’est que les hommes laissent de plus en plus le feu sans surveillance, au lieu de le veiller comme le faisaient leurs ascendants.

Conflictuelles, également : les populations calédoniennes ont une très bonne mémoire des conflits, et pour les résoudre, on met parfois le feu à la parcelle du voisin supposément en tort. Parfois, le feu s’étend et déborde des limites du terrain.

Viennent ensuite les causes plus classiques : feux de jardin non-surveillés, mégots jetés, jeux dangereux… La publicisation des incendies, qui prennent de plus en plus de place dans la sphère publique calédonienne, œuvre pour une prise de conscience environnementale auprès de la population.

Les espèces invasives en ligne de mire

En plus des feux viennent s’ajouter les Espèces Exotiques Envahissantes (EEE). On en parlait déjà en Australie, la Nouvelle-Calédonie n’y échappe pas. « On a des populations d’oiseaux qui ne volent pas, comme le cagou ou le notou, qui se font massacrer par les chiens et chats sauvages », déplore Julien.

Les cerfs de Nouvelle-Calédonie
Les cerfs sont un fléau pour l’environnement de Nouvelle-Calédonie. ©J.Barrault-CIE.NC

Des meutes de chiens sévissent dans les montagnes. Le cerf de Java, introduit pour faire du gibier facile à tirer, s’est multiplié à travers l’île, annihilant des hectares de végétation.

Sur les 100 espèces les plus envahissantes au monde, 36 ont été référencées en Nouvelle-Calédonie. Celles-ci incluent la tortue de Floride, les fourmis électriques, les rats, les chèvres…

Le tourisme à deux facettes

Mis à part les Calédoniens eux-mêmes, dont les mauvaises habitudes écologiques sont communes à celles des Français de métropole, le tourisme est la quatrième grosse menace pour l’environnement calédonien. Parce que le tourisme a une double-facette environnementale :

D’un côté, il permet de mettre en valeur des espaces à protéger. Souvent, il sensibilise les populations étrangères et locales, grâce à des panneaux informatifs, des règles strictes. Il est un atout environnemental, tant qu’il est raisonné et contrôlé.

De l’autre côté, le tourisme dévastateur est toujours d’actualité, malgré une recrudescence des formules touristiques dites « vertes ». Dans toute une baie de Lifou, l’une des îles Loyauté, il est inutile d’espérer voir les fonds marins si l’énorme paquebot de croisière australien est passé il y a peu. L’ancre jetée dans les fonds marins détruit une partie des coraux qu’elle touche et les mouvements de la chaîne soulèvent une poussière sur des dizaines de mètres à la ronde.

La construction de nombreux hôtels offshores (mais si vous savez, ces images de rêve de farés sur pilotis, au milieu du lagon !) a traumatisé les coraux qui vivaient sur place. Le stress étant le premier facteur de blanchiment des coraux, les fonds marins y sont donc souvent plus pauvres qu’ailleurs sur l’île.

Les mentalités sont donc à changer, et c’est un travail sans fin pour les associations comme le Centre d’Initiation à l’Environnement.

Éduquer les enfants comme les adultes

Le travail de Yoann et Julien est de sensibiliser les populations sur toute la Province Nord. Les interventions se concentrent en premier lieu sur les écoles de la région.

Yoann du Centre D'Initiation à l'Environnement de Nouvelle-Calédonie.
Yoann sensibilise plusieurs jours par semaine des enfants de la Province Nord.
©J.Barrault-CIE.NC

« On fait entre 200 à 300 interventions à l’année » chiffre à vue de nez Julien. Selon lui, la protection de l’environnement passe d’abord par sa compréhension. À la demande de professeurs, les deux hommes interviennent en classe pour parler de la forêt sèche (dont subsiste 1 à 2 % de sa taille initiale), des dugongs, des roussettes, des oiseaux…

Pour eux, les mentalités peuvent vite changer au niveau des jeunes. Mais la culture de la chasse et de la pêche est très ancrée en Nouvelle-Calédonie. Changer les mentalités des adultes n’est donc pas chose aisée.

« On entend souvent différentes communautés se plaindre qu’ils ont toujours chassé la roussette, la tortue, que l’on n’a pas le droit de les empêcher de faire ça, développe Julien. Je n’ai rien contre le fait de tuer des animaux s’ils sont nombreux. Il faut juste que ces gens comprennent que tant que ces espèces ne sont pas sorties d’affaire, il va falloir ronger son frein et attendre que la nature reprenne son cours. »

Julien CIE NC
Une intervention de Julien avec un groupe d’adulte. ©J.Barrault-CIE.NC

Mais les efforts de sensibilisation portent leurs fruits, notamment au niveau de la protection de certaines espèces. Les populations intègrent que certaines espèces sont en danger et doivent être protégées. La réglementation sur les roussettes a par exemple fini par s’imposer. Elles ne peuvent être chassées que les weekends d’avril, et malgré quelques cas de braconnage, la majorité des Calédoniens suivent ces règles.

Avant de partir, on a demandé à Yoann ce qu’il attendait du futur.

Sa réponse fut lapidaire : « Fermer les mines. Trouver une alternative, et que les gens fassent enfin des choix qui permettent à leurs enfants de vivre dans un environnement intact, qui leur revient de droit. »