Jeunesses eurocéaniques #7 Cap sur la Nouvelle-Calédonie !

La Nouvelle-Calédonie est la dernière étape de notre voyage. Nous sommes arrivés fin avril sur le Caillou et nous y resterons deux mois.

Retournés en terres francophones, nous sommes projetés au milieu des élections provinciales et découvrons avec curiosité le schisme politique entre indépendantistes et loyalistes. Concrètement, la moitié de la population en majorité caldoche (descendants de colons et bagnards) est pour rester dans le giron de la France, quand l’autre moitié, en majorité kanak (peuple premier) souhaite que la Calédonie devienne indépendante.

Île après île, sur les traces des Guerriers Climatiques du Pacifique

Dans notre chronique de janvier, nous vous parlions de Nala et Florence, deux jeunes femmes originaires des îles Samoa. Elles font partie des « Guerriers Climatiques du Pacifique », une organisation qui réunit les peuples du Pacifique dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le lien à la terre, défini dans le Pacifique par le respect des ancêtres et des cycles de culture, rassemble les membres de l’association contre la menace qui pèse sur leurs îles.

Les guerriers climatiques du Pacifique

À Nouméa, nous rencontrons Billy. À 30 ans, il est professeur d’anglais dans un collège de Nouméa et coordinateur des Guerriers du Pacifique en Calédonie.

Billy, coordinateur calédonien des Guerriers du Pacifique.

BOriginaire des Fidji, il nous raconte l’histoire de ses parents, engagés dans la politique, qui se sont battus pour l’indépendance de leur île. De cet héritage provient son envie d’émancipation pour la dernière colonie française où il vit depuis son enfance, tout comme sa sensibilité écologique, intrinsèque au lien à la terre des cultures du Pacifique.

Car sur le Caillou, le débat de l’indépendance est omniprésent, loin devant l’urgence écologique. Il prend le dessus sur tout autre débat depuis plusieurs années. Après le référendum de novembre 2018 où le “Non” est passé à 57 %, le peuple calédonien reste divisé, principalement selon son origine (mélanésienne, polynésienne, métropolitaine, asiatique…). Nous rencontrons depuis notre arrivée des jeunes issus de différents partis et de différentes origines pour appréhender et partager leurs visions d’avenir. On développera tout ça dans notre prochaine chronique, une fois bien saisies toutes les nuances d’opinions.

La seule Oasis de Nouvelle-Calédonie !

Près de Nouméa, à Dumbéa, nous avons rencontré Camille, métropolitaine débarquée sur le Caillou il y a 15 ans avec Matthieu, son compagnon originaire de l’île. Le couple a fondé l’Oasis des Possibles, un lieu tourné vers l’auto-suffisance et le développement personnel et communautaire. Les oasis sont des lieux de partage, d’autonomie et de mutualisation soutenues par le Mouvement Colibris depuis 2015. Il existe les Oasis de vie (des lieux de vivre-ensemble) et des Oasis-ressources (lieux de faire-ensemble).

L’Oasis des Possibles est une Oasis-ressources. Seule la famille de Camille y vit au sein d’une yourte mais le lieu accueille régulièrement des personnes extérieures.

L’Oasis des Possibles

LSur leurs 12,5 hectares de terrain, on trouve une forêt, des cultures pour tendre vers l’autosuffisance (déjà atteinte pour l’eau et l’électricité) et le faré (maison en tahitien) du bonheur : un lieu d’accueil et de transmission où yoga, bien-être et éducation se pratique en alternance, tout au long de la semaine.

À la recherche d’un mode de vie plus sobre et d’un retour à la terre, le couple est parti pendant près de 3 ans pour vivre dans un écovillage des Hautes-Alpes. Suffisamment aguerris en autonomie de vie, ils sont revenus en Nouvelle-Calédonie avec leurs 3 petites filles à la recherche d’un terrain. Leur projet : créer un lieu ressourçant de transmission, où « tout est possible ».

Le « faré », la maison en tahitien

nEn 2018, après plusieurs mois à camper sur leur terrain pendant la construction des lieux, les portes de leur oasis se sont ouvertes. Les stages et les échanges des gens qui vont et viennent créent une émulation d’idées et de partages qui profite aux adultes comme aux plus jeunes. Un complément d’école à la maison a en effet été organisé au sein de l’oasis par plusieurs familles du quartier. Les jeunes du quartier de différentes origines, qui font l’école à la maison, se retrouvent toutes les semaines au faré du bonheur pour des ateliers encadrés par un parent.

L’école alternative à tout prix ?

Nous sommes allés découvrir une école démocratique près de l’Oasis des Possibles. Les écoles démocratiques sont fondées sur les principes d’égalité et de liberté. Égalité, tout d’abord, car elles considèrent que les enfants doivent avoir le même poids que les adultes dans la prise de décision. Liberté car c’est une forme d’éducation qui favorise l’apprentissage automne des enfants en considérant qu’ils sont curieux par nature et que les échecs et l’ennui sont de grands moteurs d’apprentissage et de découverte.

Le concept nous intriguait. Nous avons rencontré une mère d’élève pour parler de cette école. La pédagogie nous a d’abord enthousiasmés, malgré la rigidité de la terminologie à utiliser sous peine d’être méthodiquement repris : “facilitatrice d’enseignement” et non pas “maîtresse”, pas de « notes », pas de « classes », pas d’« élèves »… L’aspect écologique nous attirait également, car l’école encourage les élèves à découvrir la nature, notamment en entretenant un jardin de permaculture.

L’école démocratique

LEn arrivant à l’école, la mère d’élève rencontrée la veille nous demande de ne rentrer qu’un à un pour éviter de dissiper les enfants. C’est l’heure du conseil hebdomadaire du groupe des 5 enfants les plus âgés, encadré par une « facilitatrice d’enseignement ».

Pour être honnête, nous n’avons pas été vraiment convaincus par cette découverte. La fondatrice du lieu était adorable et pleine de bonne volonté, mais nous sommes ressortis du lieu plutôt sceptiques, notamment quant à l’adaptation des élèves à un cursus plus traditionnel une fois arrivés au collège. Sceptiques également à l’égard du prix de la scolarisation. L’augmentation des frais à 500 euros par mois par enfant pour payer le loyer et les facilitatrices a d’ailleurs divisé par deux l’effectif global, passant d’une vingtaine à une dizaine d’enfants.

L’enseignement, l’apprentissage n’est pas chose aisée à réinventer, bien que l’école classique ne convienne pas à tout le monde. La version école à la maison de l’Oasis des Possibles nous a bien plus convaincus par la quiétude qui y régnait, la diversité des origines des enfants, leur sociabilité et leur curiosité, que cette école démocratique, qui ne reflète pour autant pas la totalité des écoles démocratiques du monde.

Après ces différentes découvertes, nous sommes montés à Koné, au nord de la Calédonie. On y a récupéré des vélos pour notre tour des îles Loyauté.

Connaître l’environnement pour mieux le protéger

Nous en avons profité pour rencontrer Yoann et Julien, travaillant au Centre d’Initiation à l’Environnement.

Yoann et Julien, travaillant au Centre d’Initiation à l’Environnement

YLe but de l’association est de faire des interventions auprès des adultes comme des enfants pour mieux appréhender la faune et la flore locales. L’association est convaincue que plus les Calédoniens connaîtront leur environnement, plus ils seront à même de le protéger. Chaque année, les deux hommes de l’antenne Nord effectuent entre 200 et 300 interventions.

Une usine de nickel dans le sud du pays

Yoann, 28 ans, s’est engagé pour l’environnement après le scandale des fuites d’acide de l’usine de nickel du sud en 2014. Les dirigeants de l’usine avaient caché les fuites de 96 000 litres d’acide chlorhydrique dans les eaux douces d’une partie de la Province sud, tuant des milliers d’espèces aquatiques. Yoann souhaite la fermeture pure et simple de toutes les usines de nickel en Calédonie, et la reconversion de l’économie du pays.

En selle !

Depuis deux semaines, nous sommes partis en bateau de Nouméa avec nos trois vélos, pour parcourir deux Îles Loyauté : Maré et Lifou. Sur place, nous avons rencontré les habitants et les jeunes des îles pour parler de leur mode de vie et de leurs aspirations futures.

Nous vous proposons de vivre avec nous nos rencontres et nos 200 kilomètres à vélo à travers un podcast à écouter :

Bonne écoute !

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