Moon Rabbit Café : le développement durable incarné

Le développement durable, c’est 3 dimensions. On l’a tous appris à l’école, le concept est censé connecter économie, social et écologie. Au nord de Melbourne, un café a réussi à lier les trois et la recette est plutôt réussie.

Moon Rabbit aurait pu être l’un de ces énièmes cafés que l’on voit dans les villes banlieues de Melbourne. Situé au bord d’une grande artère, avec une petite terrasse et une enseigne discrète, on serait passé à côté sans faire attention, sauf en cas de forte envie de caféine.

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La petite terrasse du café. ©Itchy Feat

On rentre sur la terrasse recouverte de faux gazon et parsemée de tables en bois accueillantes. Samantha, superviseure du café, nous accueille et nous dévoile les particularités de l’établissement.

D’une maison de quartier à un café

Le café est né en mars 2018. Son histoire est fortement liée à l’association The Bridge. Physiquement d’abord : les deux institutions partagent le même bâtiment. Mais plus intimement, Moon Rabbit est né à l’initiative de The Bridge.

The Bridge est une maison de quartier datant de 1981. Le principe d’une maison de quartier, c’est d’assister la communauté et ses membres. Il s’agit simplement d’aider les habitants à aller d’un point A à un point B. Par exemple, Samantha et les membres de la maison de quartier permettent aux habitants de manger pour 2$ chaque vendredi. Ils ont également une garderie, dispensent des cours d’anglais pour les nouveaux arrivants, apprennent aux personnes âgées à maîtriser les nouvelles technologies… Bref, The Bridge assure une aide multifonctionnelle et multigénérationnelle dans le quartier de Preston. 

Le café Moon Rabbit découle d’une activité particulière de The Bridge : la réinsertion professionnelle. Deux programmes existent dans l’association, le second est Moon Rabbit.

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Moon Rabbit est une initiative de l’association The Bridge

Du théorique au concret

Chris Lombardo, cadre supérieur de The Bridge depuis 17 ans, voulait développer un programme pour aider des jeunes mis en difficulté par des handicaps ou des troubles mentaux à se (ré)insérer professionnellement. Cependant, elle voulait que le programme ne se résume pas seulement à une salle de classe, mais qu’il ait du sens pratique, une expérience à apporter.

Elle lance donc l’idée d’un café, dans lequel des jeunes de 18 à 26 ans, faisant partie du programme, développeront une expérience professionnelle concrète.

Un programme efficace

Concrètement, le programme dure quatre mois. Une dizaine de jeunes y participent. En ce mois de décembre, la deuxième session est sur le point de s’achever. Huit jeunes y ont participé et deux d’entre eux ont déjà trouvé du travail.

Le premier mois, quatre jours par semaine, les étudiants font surtout de la théorie : comment gérer un café, les règles d’hygiène et de sécurité, les menus, le contact humain. Les trois mois qui suivent, ils se confrontent au monde du travail, en gérant le café Moon Rabbit, encadré par un ou deux surveillants comme Samantha.

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Samantha, 27 ans, encadre les jeunes étudiants du café.

Outre l’aspect social de la réinsertion de personnes issues de minorités souvent mises de côté, les deux autres dimensions du développement durable sont atteintes avec autant de succès.

L’économie par le local

Le café est viable économiquement. Principalement grâce à la mobilisation des habitants et travailleurs du quartier : “ Il y a une vraie bienveillance de la part des personnes de Preston. De nombreuses associations ont leur bureau dans la rue, et n’hésitent pas à venir dans le café ”nous explique Samantha. Pour les ingrédients, le café fait tourner l’économie locale. Tous les mercredis, Jack, l’un des étudiants du programme, va au marché de Preston acheter du fromage australien dans des emballages réutilisables. Les peu de plats carnés font appel à de la viande produite dans le Victoria. L’intégralité des fruits et légumes sont produits dans l’État.

Un café durable aux objectifs ambitieux

Pendant le premier mois théorique, les étudiants sont également sensibilisés à l’écologie et à leur empreinte carbone : “ De base, on était juste partis sur un principe simple, à savoir pas de tasses ou de verres jetables… Après, on a voulu aller toujours plus loin. » Pour les verres, ça s’est fait rapidement, grâce à la communauté du quartier, encore une fois. “ On a reçu près de 300 dons de verres et de mugs depuis mars”s’enthousiasme Samantha.

Ensuite, le but a été de réduire les déchets au maximum. Compost, recyclage ou encore optimisation des ingrédients permettent au café de résumer leurs déchets à seulement quelques gants sanitaires.

Le café est également en partenariat avec Lentil as Anything. Il récupère les pains non utilisés, les cuit au four puis les écrase en miettes avant de les envoyer à Lentil as Anything, pour qu’ils soient utilisés dans leur cuisine.

Moon Rabbit : le lapin de la lune en français. Le nom du café est inspiré d’une légende asiatique selon laquelle on peut voir une forme de lapin à la surface de la lune. Cela remonterait à des années, lorsqu’une famine a touché tous les animaux. Ils se sont réunis pour trouver une solution ensemble. Un lapin a décidé de se sacrifier en se cuisinant lui-même pour la communauté, afin que les autres puissent se nourrir. Le Dieu de la vie, venu tout droit de la lune, a redonné vie au lapin. Il l’a amené sur la lune, en lui expliquant qu’il allait l’aider à créer l’élixir offrant la vie éternelle. C’est ce que représente le logo de Moon Rabbit : un lapin sur la lune créant l’élixir de la vie pour tous. Cela fait référence au don de soi, à la communauté et à la gentillesse.   

Voir plus loin

Quand on lui demande comment le café voit son futur, Samantha insiste : “ Notre priorité ce sont les étudiants, on aimerait maximiser leur expérience et leur entraînement. On aimerait par exemple que des professionnels de la restauration viennent partager leurs savoirs.”

Mais l’écologie n’est jamais loin. Le café aimerait promouvoir un peu plus auprès des autres commerces du quartier leurs initiatives environnementales, développer, peut-être, son propre potager, et mettre en place des partenariats directs avec des producteurs du Victoria.

“C’est la communauté qui nous a permis de nous développer autant. On a la chance, grâce à The Bridge, d’avoir des bénévoles motivés, qui viennent souvent donner un coup de main pour entretenir le café.”

Le sens de la communauté au cœur d’une transition écologique : en un an, les 60 bénévoles de la maison de quartier The Bridge ont donné près de 5 000 heures de leur temps au service des autres.