Entretien : Quelle place pour l’art dans la lutte écologique ?

Chris Gerbing est co-directeur de l’Environmental Film Festival Australia (EFFA) créé en 2010 et dont la 9e édition se déroule du 11 au 19 octobre à Melbourne. L’occasion pour Itchy Feat d’une discussion aux multiples entrées : artistique, écologique et militante. 

Pouvez-vous nous présenter le festival en quelques mots ?

L’EFFA est un festival de film qui a pour vocation de créer et d’encourager une réflexion, un changement positif autour de l’environnement et du monde de demain. Le changement climatique est le thème principal de notre festival cette année.

Ouverture film festival

Chris Gerbing lors du lancement de la 9è édition du Festival. © EFFA

Les films proposés sont majoritairement des documentaires, mais on retrouve aussi de la fiction ou des films expérimentaux (ndlr : films qui se détachent des codes traditionnels du cinéma). En fait, ce que j’aime avec l’EFFA, c’est qu’on essaye d’appréhender les challenges environnementaux actuels à travers des angles et des points de vue différents.

Quel est le rôle de l’art dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Pour moi, l’approche artistique est fondamentale. Elle permet d’apporter une nouvelle perspective au problème du réchauffement climatique, de mettre plus de ressources à la disposition des gens pour en apprendre davantage sur les problèmes environnementaux en général (émissions de gaz, augmentation du niveau de la mer…) En fait, l’approche artistique n’est qu’un mécanisme parmi les nombreux qui existent. 

film stella polaris

Stella Polaris Ulloriarsuaq allie la photographie, le film et la performance. © Youtube

Cette année, il y a 4 ou 5 films qui traitent spécifiquement du réchauffement climatique, et ils ont tous une approche différente. Par exemple, un film qu’il est particulièrement important de souligner selon moi, c’est Stella Polaris Ulloriarsuaq.  Il traite des conséquences du changement climatique sur la population du Groenland et leur mode de vie. C’est le résultat d’un grand projet artistique qui lie la photographie, le film et la performance. 

Pensez-vous qu’il y ait aujourd’hui plus de films dénonçant des problématiques environnementales qu’hier ?

Il y a toujours eu beaucoup de films sur l’environnement, mais il est vrai que l’on en a jamais autant entendu parler que maintenant. De plus, ces dernières années, notre consommation de film a beaucoup évolué avec le développement des sites de streaming. L’accès aux œuvres cinématographiques s’est généralisé sur Internet et le public a désormais à sa disposition un énorme catalogue de documentaires disponible en ligne. C’est une bonne chose ! Les gens peuvent plus facilement s’intéresser à de tels sujets. En parallèle, c’est tout aussi bénéfique pour les réalisateurs. Davantage de plateformes s’ouvrent à eux pour proposer leur contenu, leur permettant ainsi de toucher une audience plus large.

Quelle est la place des jeunes dans la production des films projetés au festival ?

Dans la programmation de cette année, il n’y a pas de long métrage qui repose spécifiquement sur les jeunes. En revanche, dans l’un des films proposés, Living the change, l’un des personnages développe toute une réflexion par rapport au fait d’élever un enfant aujourd’hui et sur l’importance de pouvoir lui offrir un monde durable. De nombreux films évoquent subtilement ce que les gens vont léguer à la jeunesse en termes environnementaux.

Melbourne jeune

© Itchy Feat

Cependant, la jeunesse joue un rôle fondamental dans tous ces sujets : les décisions qui seront prises vont avoir une influence directe sur leur futur. Ils sont en première ligne.

Les décisions qui seront prises vont avoir une influence directe sur le futur des jeunes.

Pour moi, c’est en réfléchissant et en se documentant toujours plus que l’on pourra devenir un citoyen éclairé, apte à prendre les bonnes décisions sur notre façon de traiter la planète.

Quel est pour vous le meilleur film pour s’initier au sujet écologique ?

Ça dépend si le but doit être d’éduquer ou d’inspirer. Côté éducation, je pense directement à Une vérité qui dérange (Al Gore, 2006). Son second volet, Une suite qui dérange (Al Gore, 2017), permet de mettre en perspective le premier film. 

Si vous voulez être inspiré, un film magistral présenté cette année s’appelle The Reluctant Radical. Il raconte l’histoire d’un homme qui essaye de faire une différence à travers l’action directe non-violente.

Anote’s Ark, lui, traite du combat d’Anote Tong. L’ancien président des îles Kiribati a défendu sa nation pendant les Accords de Paris de 2015. Il a ainsi joué un rôle important dans la prise de conscience de l’impact du changement climatique sur l’Océan Pacifique.

Qu’est ce qui vous a poussé à vous engager personnellement dans l’écologie ?

Je me suis toujours senti connecté avec la nature. Enfant, je campais beaucoup et ça m’a permis d’apprendre à apprécier la beauté et le miracle de la nature. J’ai compris alors tout ce qu’elle pouvait nous apporter. Cela allait de soi avec l’idée qu’il fallait la protéger. Puis j’ai commencé à étudier la science environnementale. J’ai ainsi découvert que je pouvais mobiliser mes connaissances pour créer un changement dans les mentalités. A côté de ça, j’ai toujours été cinéphile. Réussir à allier ces deux centres d’intérêts dans ce festival m’a permis d’apporter ma touche personnelle à la lutte écologique.

Qu’est-ce que vous aimeriez personnellement léguer aux générations futures ?

Toutes les petites choses comptent. L’important, c’est de transmettre mon savoir, mon expertise, mes expériences dans l’idée de faire une différence sur le long terme. Si le festival a réussi sur 9 ans à inspirer ne serait-ce qu’une personne, alors notre mission est un succès. Mon héritage est de faire comprendre que tout ce qui sensibilise même un petit peu vaut le coup. Le but ultime ? Transmettre un maximum à la communauté pour créer une émulation allant dans le sens d’un changement positif.