Écovillageois, ils ont choisi la culture du « nous »

Dans notre dernière vidéo, on vous parlait du Tasman ecovillage, un village social et écolo. Là-bas, nous avons rencontré Karen, Jack, Hannah et Alan.

Âgés de 35 à 77 ans, originaires d’Australie ou d’Europe, ils nous ont raconté les motivations qui les ont poussés à venir vivre dans un écovillage. Portraits de ces quatre individus aux parcours de vie atypiques.

    Karen, pionnière de la communauté

Karen est l’une des pionnières du Tasman Ecovillage. Avec sa soeur Susie, elle fait partie des six membres fondateurs qui ont racheté les dix hectares de terre en 2013.

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Karen est l’une des membres fondateurs de l’écovillage.

Aujourd’hui, Karen s’occupe de l’accueil des visiteurs qui peuvent passer la nuit sur place. Elle est aussi propriétaire du petit café restaurant, un lieu de réunion central pour l’écovillage qui accueille notamment soirées, concerts et repas partagés.

En plus de cette activité, elle est également investie dans l’un des comités de l’écovillage, celui de la gestion des terrains. Ces comités, appelés « cercles de travail », facilitent la mise en place des décisions prises par l’ensemble des résidents du village.

écovillageois tasman Hannah

Les décisions sont prises par et pour la communauté.

Quand on lui demande pourquoi elle a choisi de vivre dans un écovillage, Karen évoque bien sûr sa fibre écologique, mais surtout son rejet de la forme moderne et individualiste de la vie en société. « J’ai toujours trouvé ça étrange de s’enfermer dans des petits noyaux familiaux », explique-t-elle. Pour Karen, la vie de famille moderne entraîne un repli des individus sur leurs proches, qui les empêche de vivre véritablement en société. Elle préfère la micro-société du village communautaire, dans lequel la vie quotidienne encourage le partage avec des individus aux profils très différents. « Vivre dans un écovillage, c’est passer d’une culture du « moi moi moi » à une culture du « nous ».

Hannah et Jack, de l’Inde à la péninsule Tasmane

La famille de Hannah et de Jack est l’une des premières à s’être installée dans l’écovillage. Ils ont 3 enfants. Ils vivent au Tasman Ecovillage depuis deux ans mais fréquentent le lieu depuis ses débuts.

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Hannah, Jack et leur petit dernier (l’enfant, pas la poule).

Après avoir beaucoup voyagé, le couple s’est installé deux ans dans une communauté intentionnelle en Inde. Un idéal de vie que Hannah avait depuis bien longtemps, motivé par des raisons écologiques, et qui a conforté le couple dans ce mode de vie communautaire. Avec Jack, ils ont décidé de s’installer au Tasman écovillage il y a deux ans, afin d’y élever leurs enfants. Un lieu qu’ils connaissaient déjà bien, puisque c’est ici qu’est née leur entreprise sociale de paniers végétariens hebdomadaires. Le principe ? Ils revendent les fruits et légumes de leur potager assortis à des produits bios locaux pour les habitants du village et des alentours. Favoriser les circuits courts tient particulièrement à Jack, fils d’une cheffe de restaurant et élevé en milieu agricole : « Ma mère m’a transmis le goût des bons produits. »

Le potager de Hannah et Jack.

Très investi dans la vie associative du village, le couple s’épanouit dans ce mode de vie qui semble aussi plaire à leurs trois enfants. « Nous leur faisons nous-même l’école à la maison. Ce qui n’empêche pas nos enfants de se sociabiliser au sein du village ou pendant leurs activités physiques et artistiques. » Loin d’être les seuls à avoir choisi ce mode de fonctionnement dans la région, Hannah et Jack ainsi que leurs enfants retrouvent d’autres familles dans la même situation au moins une fois par semaine. L’occasion pour eux d’échanger sur leurs approches pédagogiques et de laisser les enfants se divertir ou pratiquer des activités ensemble.

Pour autant, ils laissent aux petits leur libre-arbitre. La plus grande s’est essayée à l’école à mi-temps l’année dernière. Elle a finalement préféré revenir à la maison où elle peut développer ses connaissances scolaires autant que son lien à la terre.

    Alan, l’inventeur passionné

À 77 ans, Alan est le plus vieux résident du Tasman Ecovillage.

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L’écovillageois a fini de construire sa maison il y a quelques mois.

Au milieu de sa carrière de radiologue, ce Britannique explique s’être senti à l’étroit sur le Vieux Continent. Avant d’arriver en Tasmanie, le retraité a passé plusieurs années à Melbourne, notamment au sein du CERES où il a vécu et travaillé sur les systèmes de compostage.

Cela fait plusieurs années que Alan s’investit dans l’écovillage, mais seulement deux ans qu’il y habite à temps plein. Fort de son expérience au CERES, il a mis en place le compost de la communauté.

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Alan a pris le temps de nous expliquer les règles d’or du compost.

Alan habite dans sa nouvelle maison depuis quelques mois. Elle est autonome en eau et en électricité, grâce à un panneau solaire fixé sur son toit. Dans la cuisine, son frigo date des années 90. Lorsqu’on l’interroge sur l’efficience énergétique de celui-ci, Alan nous rit au nez : « J’ai racheté ce frigo pour une bouchée de pain. Je l’ai isolé moi-même, il est aussi efficient que les frigos que l’on nous vend aujourd’hui. »

Alan nous emmène ensuite près des potagers pour nous montrer une de ses inventions, un circuit fermé d’eau qui a deux fonctions : fertiliser naturellement l’eau et produire des azollas, une sorte de lentille d’eau aux propriétés nutritionnelles optimales pour la volaille.

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L’invention d’Alan.

A terme, Alan veut étendre le système afin de pouvoir réutiliser les eaux dites grises, provenant des salles de bain et des cuisines, pour fertiliser les terres.

Nous n’avons passé que quelques jours avec ces personnes. Pourtant, leurs témoignages nous ont beaucoup apporté. Ils innovent, s’investissent chaque jour pour créer, innover, réduire leurs empreintes écologiques et développer du lien social, à une époque où celui-ci semble plus que vital.